17/01/2015

Emotion et récupération

Je n'avais pas encore pris le temps de m'exprimer au sujet des attentats contre Charlie Hebdo, préférant observer et tenter de comprendre les réactions multiples qui ont suivi. Certaines, bien que diverses, m'ont interpellé et permis d'analyser la situation, comme celles d'Abd Al Malik, de Caroline Fourest, de Frédéric Lordon, ou encore de Benoît Thévard (qui résume au mieux le fond de ma pensée).
Il est clair que des politiques de toutes parts vont tenter de récupérer au mieux ces évènements, afin d'occulter les échecs de leurs réformes, de redorer les blasons, et bien sûr de renforcer les mesures sécuritaires déjà en place.
Mais est-ce une raison pour fustiger l'ensemble des 3 à 4 millions de personnes ayant participé à ces rassemblements, brandissant un "je suis Charlie", message clair et flou à la fois ? Je ne crois pas, car beaucoup ont manifesté leur peine et leurs émotions à travers ce slogan sans penser qu'il pouvait être récupéré, venant souiller le réflexe sensible d'une population blessée.
Ma crainte principale est de savoir quelles seront les conséquences - par le biais de mesures - qui découleront de l'évènement : sécuritarisme renforcé et dissimulation plus accrue des problèmes de société, ceux qui conduisent indirectement à de telles tragédies.
Oui, il ne faut pas oublier que ce sont les inégalités, l'exclusion, l'ignorance, le manque de culture, d'éducation, la misère (au sens où les besoins fondamentaux ne sont pas comblés), qui font le terreau du terrorisme dans toutes ses formes, et qui placent la liberté dans un étau qu'on ne cesse de serrer.
Vivre bien, tous ensemble n'est qu'une utopie dirons certains, mais j'estime l'Homme suffisamment intelligent pour arriver un jour à exister dans la coopération en assimilant les différences, plutôt que dans des rapports de force sans cesse mouvants, conduisant à coup sûr à la haine de l'autre, la terreur et la guerre.

11/01/2015

Plus rien...

Je partage aujourd'hui une interprétation magnifique du titre plus rien des Cowboys Fringants. Cette chanson, reprise par une fillette dans le prochain film de Jean-Paul Jaud "Libres !", me donne les larmes aux yeux.

03/01/2015

Voeux de 2015 - Severn, la voix de nos enfants

Voici une nouvelle année qui commence. Lorsque j'évoque mes vœux pour 2015, j'ai l'impression d'avoir un cran de retard ; ou bien que des souhaits similaires eussent déjà été faits par le passé, et qu'aucun d'eux n'aient été réalisés. Je parle en effet de ceux de Severn Cullis-Suzuki en juin 1992 au sommet de la Terre à Rio de Janeiro. C'est en visionnant le film de Jean-Paul Jaud "Severn, la voix de nos enfants" que je pris connaissance de ce discours monumental qu'une fille de 12 ans lança à la face des dirigeants du monde d'alors.
Ce film est pour moi une réussite totale, tant par le message qu'il véhicule, que par la réalisation. Prenant comme fil conducteur ce fameux discours, ainsi que les interventions de Severn au moment du tournage (âgée de 29 ans en 2009), Jean-Paul Jaud donne la parole, la discussion, à des personnages du monde agricole, des maires, ainsi qu'à des personnalités telles que Gilles-Eric Séralini, Pierre Rabhi ou encore Nicolas Hulot. Entre chaque échange,  chaque information, la beauté des images et la musique laissent pour transition le moment de la digestion, de la réflexion, et c'est à mon avis ce qui donne un certain enthousiasme. Ce style, assez propre au cinéaste, a également été utilisé dans "Tous cobayes !", quoiqu'avec un discours plus fataliste (ce film, de 2012, a été réalisé pendant l'incident de Fukushima).
Mais revenons au message du film, qui n'est autre que le prolongement de celui initié par Severn 17 ans plus tôt (22 ans à ce jour). Adressé à ceux qui ont les clés pour ouvrir les portes d'un monde plus juste et moins pollué, moins gaspilleur et avec une biodiversité retrouvée ; il met en garde contre les décisions qui vont à l'encontre des générations futures, à qui on vole d'avance une part de bonheur. Ceci, en esquissant par intermittence des alternatives agricoles pérennes.
Je me vois donc en ce jour de vœux, de lot de résolutions, d'être un autre vecteur de ces paroles nécessaires. D'autant plus que 2015 est l'année de la conférence du climat à Paris, qui réunira 194 pays. J'espère de tout cœur que les dirigeants auront enfin pris la mesure d'un tel événement et que ce rassemblement n'accouchera pas d'une souris, une fois de plus. Croyons dans le fait que chacun est capable d'être moins égoïste et de raisonner de façon globale, pour le bien de l'humanité présente et pour celles qui suivront.
Bien entendu, préférons ne rien attendre pour débuter le changement à l'échelle locale et individuelle. posons-nous la question de chaque geste, chaque décision, chaque achat que nous faisons, afin de ne pas entretenir l'effet papillon de la mondialisation.
Il me paraît donc indispensable de terminer ces vœux par une vision que l'on qualifiera d'utopiste, mais en laquelle j'aspire, qui est de semer le bonheur et de vivre heureux en profitant sobrement de la vie.

Merveilleuse année 2015 à tous.

13/12/2014

Mémé - Philippe Torreton

C'est avec amour et une pointe d'humour que Philippe Torreton partage des bribes de souvenirs d'enfance dans Mémé (2014 - Ed. L'iconoclaste). A travers ses visions enfantines qu'il interprète en tant qu'adulte, il peint un tableau de cœur de sa grand-mère ; elle qui vivait avec presque rien, qui a vu ses enfants plonger dans le confort de la vie moderne, un changement radical du quotidien et des mœurs en une génération. Avec beaucoup de poésie et un style personnel très agréable à lire, ce livre est un grand moment de tendresse dans ce petit monde brutal ; un livre que je conseille à tous, aux anciens comme aux plus jeunes.

05/12/2014

Il reste 1000 an de pétrole ! Billet de Benoît Thévard

A lire sur le blog avenir sans pétrole, ce nouvel excellent article de Benoît Thévard qui nous explique pourquoi le prix baisse à la pompe en ce moment.

24/11/2014

Perturbateurs endocriniens

Voici un lien vers une brochure issue du site québécois "sabotage hormonal" et qui parle de façon simple des perturbateurs endocriniens, ces molécules très actives et omniprésentes qui sont fortement soupçonnées d'être source de cancers et de problèmes de fertilité. Plus l'exposition survient jeune, plus le risque de développer des symptômes est important. La brochure passe clairement en revue les différents domaines où ces molécules sont utilisées : produits de beauté, cuisine et alimentation, eau, plastiques, intérieur du foyer (électronique, mobilier) et entretien ménager.

07/11/2014

Sacré croissance ! Marie Monique Robin

Le dernier documentaire de Marie Monique Robin intitulé "Sacré croissance !" est à visionner http://www.youtube.com/watch?v=zkAHW7ekAko.
Dans la lignée de l'urgence de ralentir, ce reportage explore les alternatives au système croissanciste actuel : agriculture urbaine, énergies et monnaies locales sont les thèmes explorés par la réalisatrice, avec comme fil conducteur de donner des billes pour composer un nouveau modèle qu'elle nomme de "post-croissance". Pour compléter ce film, bien comprendre le contexte et les enjeux, voir cet entretien de Marie Monique Robin avec Reporterre.

30/10/2014

Convergence des luttes


Avant-hier, je me trouvais devant le tribunal d'Amiens pour soutenir les 9 prévenus de la Confédération Paysanne qui ont procédé au démontage lors des travaux de la "ferme" des 1000 vaches. Je rejette catégoriquement ce projet d'usine en tant que citoyen pour plusieurs raisons : pour notre environnement, pour les désagréments qu'il causera localement (et globalement si malheureusement il fait des petits), pour l'alimentation médiocre qui en sortira, pour la destruction visuelle et utile de nos paysages ruraux conduisant à cette "France moche", pour la perte de terroir, pour ces paysans menacés de mettre la clé sous la porte et dont le travail m'est beaucoup plus cohérent et valeureux, et enfin tout simplement pour ces pauvres vaches que l'on va cloîtrer.
Cette journée de mardi, passée dans une agréable communion, une joyeuse convivialité malgré la gravité de l'évènement, a été l'occasion d'entendre différents intervenants sur le sujet, mais pas uniquement... En effet, les soutiens étaient venus de toute la France et certains n'en étaient pas à leur premier (ni dernier) combat : Notre-Dame-des-Landes, barrage de Sivens, centrale nucléaire de Fessenheim, ferme des Bouillons, tunnel Lyon-Turin, TAFTA, etc... Je ne m'attendais pas à une telle convergence entre toutes ces luttes. Pourtant, il est vrai, ces projets nuisant à la majorité au profit de quelques uns, se recoupent. Ils sont réellement anti-démocratiques et détruisent l'environnement.
C'est pour toutes ces raisons que j'ai trouvé nécessaire d'écrire ce billet aujourd'hui. N'étant pas un naturel manifestant, mais plutôt un chercheur et diffuseur d'alternatives, il faut avouer que tout reste lié. Une quête de croissance économique exacerbée pour laquelle les hommes sont prêts à faire toutes les concessions, pourvu que leurs poches à eux soient pleines. Développer la vraie transition par l'application des bonnes alternatives est donc un combat de fond, sous-jacent ; et ces luttes indispensables, ces combats sous les projecteurs pour montrer que non, l'asservissement de tous n'est pas pour demain !

PS : parce que l'humour est aussi une arme redoutable pour faire passer les messages, voir le clip vidéo de la vache en colère...

26/10/2014

Pour des lendemains qui chantent, universellement...

Il y a des jours comme aujourd'hui où je ne comprends pas... Les rapports existants sont pourtant alarmants et se recoupent, tout le monde en connaît l'existence et sait que nos modes de vie ne sont pas pérennes. Les septiques de tous bords trouveront chaque fois la parade pour ne pas faire l'effort nécessaire. Égoïsme de générations gâtées. Sans être 100% catastrophiste, le chaos n'est pas si loin à moyen terme. Chaos social, environnemental, économique. On a usé et abusé des offrandes de la Terre, on lui a ravagé la face, on a éjecté des polluants, on les a répandus, et comme on est partageur il y en aura pour des millions de générations plus tard.
Alors, que faire ? Comment initier l'étincelle qui peut conduire à la lumière en chacun ?
Moralement, la chose est difficile pour quelqu'un qui a déjà commencé à tirer sur le fil du système et qui a bien cerné la façon dont certaines mailles sont tricotées. Elle est difficile parce que parfois, il faut faire face à des gens qui n'en ont jamais pris la mesure. Immergés sous un quotidien routinier type "travail-télévision-consommation", la prise de conscience n'est pas possible pour eux. D'autres encore le savent mais se sentent impuissants, n'ont pas le courage d'entreprendre, se disent que de toutes façons c'est trop tard...
Et pourtant, ces personnes-ci seront confrontées un jour ou l'autre aux problèmes qui nous menacent. Ils seront à rallier au plus vite à la cause pour espérer aller vers des lendemains qui chantent, mais qui chantent universellement. Pas seulement pour une minorité. Utilisons l'exemplarité pour montrer qu'accomplir des choses simples donne de la joie dans un quotidien morose. Réapprenons à jouir d'un rien, comme peut le faire l'insouciance enfantine. Cela, tout en conservant la critique adulte et la distance nécessaire au non asservissement de chacun. Comprenons que le bonheur est galvanisé lorsqu'il est partagé plutôt qu'individualisé. Le monde de demain sera une osmose humaine planétaire ou ne sera pas.

19/10/2014

Surcoût de l'industrie laitière

Lien vers un article de Bastamag sur les coûts indirects liés à l'industrie du lait : http://www.bastamag.net/Des-prairies-au-caddie-le-prix
Dedans se trouve une petite vidéo graphique qui résume la situation : https://www.youtube.com/watch?v=47DpUwJ4ndY

13/10/2014

Il était une forêt




Ce weekend, j'ai eu la chance de pouvoir visionner le magnifique film de Luc Jacquet "Il était une forêt", en compagnie du protagoniste et botaniste Francis Hallé. Le film est disponible sur le net (https://www.youtube.com/watch?v=H2YbdWwFkt8) mais les merveilleuses images donnent pleinement sur grand écran. Le film retrace le "cycle de régénération" d'une forêt primaire, dont les présences s'amenuisent jour après jour sur Terre, de par l'exploitation humaine. Après film, Francis Hallé a insisté qu'il n'y aurait plus de forêts primaires d'ici 15-20ans, au vu de son cycle de régénération intégral (faune + flore) de 700 ans sous les tropiques à 1000 ans en Europe. Les causes et conséquences de la déforestation sont pourtant bien connues et correctement condensées ici : http://www.notre-planete.info/environnement/deforestation.php. Le botaniste était plutôt "satisfait" de la santé des forêts européennes, mais que les vrais drames se déroulent sous l'équateur.
Le film a donc été réalisé dans le but de "faire aimer ce que l'on veut protéger", si l'on reprend l'un des slogans de la Wild-Touch. Espérons qu'il fasse son bout de chemin et qu'il génère de nouvelles prises de conscience sur un mode de vie consumériste désastreux, afin de se tourner au plus vite vers toutes les alternatives que nous promouvons.

07/10/2014

Comprendre le TAFTA

Bien entendu, comprendre et discerner tous les rouages du Traité de libre-échange transatlantique qui pend au nez de tous les européens est impossible. Voici ci-dessous une vidéo simple et claire qui en explique le principal contenu : http://www.youtube.com/watch?v=-AXPpS5n_gE.
Pour aller un petit peu plus loin, un article paru dans le Diplo en novembre 2013 signé de Lori M. Wallach (Directrice de Public Citizen’s Global Trade) qui aborde le sujet de façon plus précise et complète en donnant des exemples : http://www.monde-diplomatique.fr/2013/11/WALLACH/49803.

29/09/2014

Guide du mieux vivre - la simplicité volontaire en pratique


Il y a quelque temps, je faisais l'acquisition de ce guide écrit par Christian La Grange et Benoi Lacroix aux éditions de Terran : Guide du mieux vivre - la simplicité volontaire en pratique. A travers 143 points, le livre explore les thèmes les plus courants de la vie quotidienne : maison, énergie, eau, cuisine, jardinage, etc... et met en lumière quelques astuces pour s'en débrouiller au jour le jour, de façon tout à fait concrète. Au départ, je n'avais pas nécessairement pensé à faire un article sur ce livre, mais comme il est posé dans l'entrée de la maison, les gens y jettent un œil, et bien souvent en extraient ce qui les intéresse et les passionne. Ce qui interpelle le plus, je pense, c'est la simplicité avec laquelle sont expliqués (et parfois dessinés) les modes opératoires pour faire beaucoup de choses soi-même. En feuilletant rapidement cet ouvrage, le lecteur devine sans problème ce qu'il va pouvoir essayer de faire chez lui, afin de se le réapproprié.
Par exemple, ce livre m'a donné envie de faire mon propre pain au levain naturel. Il suggère une recette et une façon de le faire très explicite. En complétant celles-ci avec quelques recherches sur le net (notamment sur http://www.mon-bio-jardin.com/cuisine-savoir-faire/faire-du-pain-au-levain-maison-52.html), j'ai pu, au bout de deux essais, avoir un pain au levain maison tout à fait correct.
C'est à mon avis ce qui plait dans ce petit guide illustré. Découvrir et explorer ce qu'on peut faire de ses mains et le réaliser sans trop de difficultés, ainsi que d'obtenir des astuces qui permettent de s'initier à la réappropriation des savoir sobres que nous avons délaissés.

27/09/2014

Billet de Benoît Thévard sur la Transition Citoyenne

Voici le lien vers un billet de Benoît Thévard sur la journée nationale de la transition citoyenne qui s'est déroulée ce jour : http://www.avenir-sans-petrole.org/2014/09/journee-nationale-de-la-transition-citoyenne.html 
Malheureusement, je partage ce lien un peu tard, après avoir également participé à cette journée (un événement dans ce cadre était organisé à côté de chez moi). L'article est très bien amené et intéressant, avec la vidéo "officielle" qui dure une quinzaine de minutes que je recommande également.
Tous les autres articles publiés sur ce blog sont très instructifs, cohérents, pointus et documentés. Je vous invite à le visiter de temps à autres.

26/09/2014

Hervé Kempf dans l'émission "ça vous regarde" (LCP)

De trop courtes mais de très bonnes interventions d'Hervé Kempf - dans un débat télévisé sur la LCP intitulé "Davos : les grands de ce monde ont-ils la solution ?" - face à la mauvaise foi transpirante de ses interlocuteurs...

19/09/2014

Prendre le temps

Une fois de plus je discutais, et mon interlocuteur qui passait "en vitesse" se confia sur le rythme effréné que sa vie lui faisait subir. Quittant sa région natale pour trouver un emploi "suffisamment bien payé", il se retrouve désormais avec des semaines chargées du travail quotidien et de l'entretien de sa maison, ainsi que des weekends consacrés à la route pour retrouver amis et famille.
"Je n'ai pas le temps de profiter. Je suis tellement habitué à courir partout que lorsque je me trouve enfin chez moi avec du temps libre, j'ai l'impression de me faire chier..."
Le monde moderne mène donc là, et impose son tempo haletant. Rendre visite aux personnes que l'on aime devient une contrainte nécessitant une organisation. Et à l'occasion de bénéficier d'un peu de repos, on ne sait plus comment l'exploiter pour en jouir, sans devoir être stimulé à tout prix.
"Je n'arrive pas à apprécier les petits plaisirs. Dans ma tête, je dois avoir un bon salaire pour partir en vacances et me payer des activités. C'est là que j'ai l'impression de profiter. Je n'arrive pas à faire comme toi : prendre le temps de me balader, d'aller au marché, discuter avec les producteurs... Tout me saoule vite !"
Mais combien d'autres partagent ce sentiment ? Certains passent à côté des choses simples, celles qui font plaisir et ne coûtent rien si ce n'est du temps. On ne prend pas la peine d'arrêter le chrono pour observer et analyser ce qui nous entoure ou encore discuter de vive voix avec les gens. Chacun devrait apprendre à décélérer, histoire de profiter de notre courte vie, tout simplement...

09/09/2014

Goodbye, démocratie ?


J'ai pu récemment visionner "Goodbye, Lenin !" de Wolfgang Becker sorti en 2003 (lien https://www.youtube.com/watch?v=cV_c4YmJsoc choix des sous-titres possibles). A la fois truffé d'humour et présentant les faits, ce film retrace sur le fond la fin du communisme (en particulier le moment de la réunification Allemande) et l'arrivée victorieuse du capitalisme en RDA. Pas de parti pris, la critique des deux idéologies est mesurée et bien faite, autant pour le communisme "étatique" que pour le capitalisme.
Sauf qu’aujourd’hui, le capitalisme est la doctrine bien-pensante qui couvre la quasi totalité de la surface de la Terre, conduisant avec échec aux crises économiques, sociales et environnementales que nous vivons actuellement. Le capitalisme (et le communisme) n'ont pas su anticiper le "début de la fin" du pétrole bon marché et la raréfication de multiples ressources (autres énergies et métaux par exemple), chacun ayant utilisé à sa façon le productivisme comme moteur. Revoir en profondeur la façon dont nous vivons n'est pas vraiment la priorité de l'oligarchie bien en place qui tient les manettes.

Sous cet angle, quelles sont les solutions qui s'offrent à nous ? La revue S!lence de septembre 2014 (n°426) aborde les autres formes de démocratie, où les citoyens semblent plus impliqués, sollicités dans les projets. Là encore, un long chemin reste à parcourir devant les inconvénients contre lesquels chaque initiative doit faire face (exemples de la revue : tirage au sort en Islande, démocratie directe en Suisse, rotation des mandats à Saint-Nazaire).
D'autres peuples se sont essayés à vivre de façon radicalement différente, c'est le cas des zapatistes dans le Chiapas mexicain (lire le livre de Guillaume Goutte : Tout pour tous, l'expérience zapatiste, une alternative concrète au capitalisme, 2014 ed Libertalia). Ayant eu recours à la violence suite au refus d'appliquer les accords de libre-échange de l'ALENA (Accord de Libre Echange Nord Atlantique), ces sud-américains n'ont pas subi les lois qui leur étaient depuis imposées. Ils avaient vu que cet accord tuerait l'agriculture du maïs, aliment de base au Mexique, et que le maïs américain hyper-subventionné inonderai leur pays (voir à ce sujet le documentaire de Marie-Monique Robin "les déportés du libre-échange" lien https://www.youtube.com/watch?v=tG89P8II0cA). Bien que le passage aux armes paraisse de trop, les zapatistes ont expérimenté depuis 20 ans une autre façon de vivre et de décider, à la manière de l'autogestion. Le livre de Guillaume Goutte aborde également les axes d'amélioration dont les zapatistes sont conscients, notamment en matière de santé, de justice ou de liberté des femmes. Mais prendre les armes et devoir les garder ou même suivre ce modèle radical n'est peut-être pas applicable ici, maintenant.

Une alternative réside très certainement dans les mouvements de transition expérimentés en Irlande à Kinsale et pratiqués en Angleterre, d'abord à Totnes en 2006 sous l'impulsion de Rob Hopkins (il me reste à lire son "Manuel de transition, de la dépendance au pétrole à la résilience locale", 2010). Dans ce concept, les citoyens prennent les choses en main, se réapproprient la monnaie (locale), les espaces communs, l'énergie, la nourriture à travers la permaculture, etc... Le pouvoir de faire les choses est réel et n'est plus uniquement le bon vouloir des technocrates bien trop éloignés du terrain (lire l'article "démocratie et citoyenneté à l'heure du gigantisme" dans le n°246 de S!lence). En effet, plus la structure démocratique s'élargit, moins elle est au fait de la réalité. L'avantage de "vivre" la transition est que tous les citoyens en tirent un bénéfice par l'implication. Devenir acteur et observer des résultats concrets rapidement à l'échelle locale change tout. C'est une vraie révolution "par le bas" qui se déroule de façon apolitique, en constatant avec bon sens que certaines issues ne sont pas viables maintenant, et encore moins pour les générations futures.
Alors, quel modèle pour demain ? Quel est celui qui nous inspire ? On continue à foncer dans le mur avec le capitalisme ? On revit le communisme et l'omniprésence de l'Etat ? On met tous un passe-montagne et on devient zapatistes ? On initie la transition citoyenne ? En tout cas, de petites révolutions devront naître localement afin d'ériger une nouvelle façon de vivre qui nous convienne, mais laquelle ? C'est une démarche individuelle, chacun doit y répondre par la prise de conscience et l'implication. Qu'elle soit associative ou dans des luttes (sociales, écologiques, etc...) ; par le boycott de ce qu'on ne souhaite plus voir ; par l'utilisation de monnaies locales ou en changeant de banque ; en faisant le choix de moins se déplacer, de ne plus utiliser la voiture mais le vélo ou les transports en commun ; en se lançant dans la permaculture, le potager ou en rejoignant une AMAP ; en apprenant à connaître et à partager avec ceux qui nous entourent. Car c'est par le bas et main dans la main que viendront s'ajouter à toutes celles déjà présentes, les initiatives qui animeront le monde de demain.

04/09/2014

L'urgence de ralentir

Encore un bon documentaire : "l'urgence de ralentir" dont voici le lien https://www.youtube.com/watch?v=nfvbPITaaTE

Commençant par remettre en cause notre système économique s'engouffrant dans la course à la vitesse, le documentaire explore ensuite de multiples alternatives à ce rouleau compresseur qui finira par tout broyer. De nombreux intervenants s'y expriment dont Hervé Kempf ou encore Rob Hopkins, aux écrits très intéressants si on veut aller un peu plus loin.

01/09/2014

Les prêtres sots de la croissance morte - Edito de rentrée sur Reporterre

Le lien vers l'édito de rentrée sur Reporterre.net, rédigé par Hervé Kempf :
http://www.reporterre.net/spip.php?article6240
Le lucide journaliste nous rappelle que tout reste encore à faire si l'on veut changer les choses.

Hervé Kempf est par ailleurs l'auteur de l'essai "l'oligarchie ça suffit, vive la démocratie" paru en janvier 2013 et que je conseille fortement.

31/08/2014

Une autre histoire des "Trente Glorieuses"

Je viens d'achever ce livre, intitulé Une autre histoire des "Trente Glorieuses", essai collectif sous la direction de Céline Pessis, Sezin Topçu et Christophe Bonneuil avec pour sous-titre "Modernisation, contestations et pollutions dans la France d'après-guerre" sorti en 2013 aux éditions "La Découverte".
L'ouvrage retrace dans une première partie comment "modernité" et "progrès" ont travaillé leur discours par le biais d'économistes (dont le notable Jean Fourastié) en invoquant une "pauvreté millénaire de la vie végétative traditionnelle" qu'il fallait délaisser contre l'idéologie productiviste et la technique. Le livre contient également de nombreux détails sur le déploiement de la France nucléarisée (civile et militaire), qui n'aurait pu être sans ses relations privilégiées avec certains pays d'Afrique (Niger, Gabon, Madagascar). La pollution radioactive, ses dégâts sur la santé et l'art de les masquer y sont par ailleurs abordés.
Dans une seconde partie, le manuscrit évoque les premiers contestataires de ce système tels que les situationnistes (dont Guy Debord), les premières alertes de Bernard Charbonneau ou encore de Jacques Ellul ; et comment ces discours sont finalement restés marginaux. Les dégâts environnementaux sont aussi abordés, notamment sur l'air ou sur les rivières qui ont été un "mal nécessaire" à l'avènement du progrès.
Bien que certains passages méritent une attention particulière pour être bien intégrés, je ne peux que vous conseiller ce livre.